Design 101 : La couleur, un outil puissant

La couleur est un élément essentiel au jardin. Elle attire ou repousse, suggère la fraîcheur ou la chaleur, modifie la perception de l’espace et confère à chaque lieu une ambiance particulière.

Dans une même plate-bande ou un petit jardin, une grande variété de couleurs donne un ensemble facilement disparate : deux ou trois coloris suffisent. L’utilisation d’une seule couleur dont le niveau de saturation varie assure un aménagement dynamique et original. Pour donner un effet harmonieux, on peut aussi associer différentes couleurs d’un même camaïeu – jaune, orange et rouge, par exemple – ou des coloris contrastants, comme le jaune et le violet, qui sont des couleurs complémentaires.

Par ailleurs, les changements de couleurs saisonniers donnent un cachet bien particulier. Ainsi, au printemps, une plate-bande sera dynamisée par la présence de plantes bulbeuses à la floraison très vive. Au cœur de l’été, la plantation peut dégager une ambiance plus poétique par l’association de vivaces aux fleurs bleues, roses et blanches. Plus tard, en automne, les fleurs violettes des asters offriront un contraste intéressant avec les plumeaux beiges ou bronze des graminées .

Les plantations constituées d’un petit nombre de coloris différents sont généralement les plus unies et les plus harmonieuses. Ici sont réunis divers cultivars d’hémérocalles (Hemerocallis) aux fleurs orange, la calamagrostide ‘Karl Foerster’ (Calamagrostis x acutiflora ‘Karl Foerster’) , l’eupatoire maculée (Eupatorium maculatum) et le miscanthus de Chine ‘Sirene’ (Miscanthus sinensis ‘Sirene’) .

Le jaune

Même par temps nuageux, le jaune, couleur joyeuse par excellence, reste très lumineux. D’ailleurs, il produit son meilleur effet à l’ombre ou sous un ciel voilé. Exposé au soleil de l’après-midi, il devient éblouissant au point de fatiguer l’oeil. Pour limiter cet effet criard, on associe les fleurs jaunes à des végétaux à feuillage gris ou à floraison blanche ou bleu pâle. Compagnon naturel du rouge et de l’orange, le jaune s’agence très bien avec le bleu et le violet, auprès desquels il produit un contraste pimpant.

Au pied des conifères, un tapis lumineux de rudbeckies jaunes réchauffe ce coin de paysage.

L’orange

Difficile à utiliser dans un aménagement, l’orange capte l’attention et supplante les couleurs des autres fleurs alentour. À côté d’un rose saturé, il garantit un effet éclatant, mais, associé à du bleu foncé ou à du violet, il donne aux plantations une exubérance excessive au goût de certains. Pour atténuer les contrastes, on marie les fleurs orange à des végétaux au feuillage bleuté ou grisâtre, ou on choisit des déclinaisons plus pâles, comme le cuivré, l’abricot ou l’ivoire.

Une scène d’une grande intensité, où la floraison rose magenta saturée du pétunia ‘Wave Purple’ (Petunia ‘Wave Purple’) côtoie les fleurs orange de l’ostéospermum ‘Symphony Orange’ (Osteospermum ‘Symphony Orange’) et le feuillage orange brûlé du coléus ‘Sedona’ (Solenostemon scutellarioides ‘Sedona’) .

Le rouge

Utilisées en grande quantité, les fleurs rouges dominent l’aménagement, surtout si elles sont disposées devant des feuillages verts, qui les mettent davantage en valeur. Parallèlement, quelques fleurs rouges noyées dans une masse de grandes feuilles vertes, comme celles de la rhubarbe de Chine (Rheum palmatum) , donnent un effet plus sobre et évoquent un certain exotisme. Près du bleu foncé, du violet ou du pourpre, le rouge devient particulièrement intense. Pour alléger l’effet, on l’associe à des fleurs jaunes et blanc crème.

Le rose

Mélange de couleurs complexes, le rose n’apparaît pas dans l’arc-en-ciel ni dans le cercle chromatique. Ses variantes sont composées de rouge et de diverses proportions de jaune, de bleu et de blanc . Il existe deux types de rose : les roses chauds, dérivés du rouge vermillon, qui sont appelés pêche ou saumon; et les roses froids, dérivés du rouge cramoisi et teintés de bleu, qui portent le nom de magenta. Il est préférable d’utiliser les deux types séparément afin d’éviter les associations discordantes.

La plupart des fleurs roses se jumellent avec les floraisons blanches ou bleues et les feuillages gris. Le magenta très saturé forme avec le violet et le pourpre une association inattendue et intéressante. De la même manière, l’association de rose, de rouge et d’orange assure originalité et intensité aux aménagements modernes.

Astilbe de Chine ‘Intermezzo’ (Astilbe chinensis ‘Intermezzo’) , platycodon à grandes fleurs ‘Mariesii’ (Platycodon grandiflorus ‘Mariesii’) et, en fond de scène, monarde ‘Blaustrumpf’ (Monarda didyma ‘Blaustrumpf’) .

Le pourpre

On emploie souvent les termes bourgogne, prune ou rouge vin pour désigner le pourpre, qui est en fait un rouge très foncé teinté de violet. Cette couleur donne un côté dramatique aux plates-bandes, mais, utilisé en trop grande quantité, il peut éteindre l’environnement et devenir déprimant. On doit donc l’utiliser avec parcimonie : on se contente de quelques fleurs ou feuillages pourpres, qu’on associe à des plantes aux fleurs blanc crème, jaunes ou roses pour un tableau chic et élégant.

Dans cette scène théâtrale, l’intensité dramatique des feuilles pourpres du chou décoratif ‘Redbor’ (Brassica oleracea var. acephala ‘Redbor’) est modérée par la présence du feuillage vert panaché de blanc et de la floraison beige de la calamagrostide ‘Overdam’ (Calamagrostis x acutiflora ‘Overdam’) .

Le violet

Trop présent, le violet appelle la mélancolie, sauf s’il est associé au jaune ou à l’orange, avec lesquels il crée des scènes exubérantes. Toutefois, la richesse du violet s’estompe auprès de ces couleurs très vives et disparaît complètement sur un fond vert clair. On doit donc planter les fleurs violettes en très grande quantité à l’avant-plan des plates-bandes afin qu’elles aient une valeur équivalente à celle des fleurs aux coloris plus chauds, ou encore devant un arbuste au feuillage jaune.

Le bleu

Mal associé ou employé en trop petite quantité, le bleu déçoit. Comme le violet, il est plus visible en larges massifs placés devant des végétaux jaunes ou orange. Alors que les mariages de fleurs bleues et orange produisent un effet pimpant, les associations avec du rose, du blanc ou du gris donnent une atmosphère plus poétique. Enfin, on peut donner à un terrain une impression d’espace en disposant à l’avant de l’aménagement des fleurs aux couleurs chaudes et, en fond de scène, des végétaux aux fleurs et aux feuilles bleues.

Avec les fleurs bleues de la campanule à fleurs laiteuses ‘Loddon Anna’ (Campanula lactiflora ‘Loddon Anna’) et de la népéta ‘Six Hills Giant’ (Nepeta ‘Six Hills Giant’) et la floraison blanche du géranium sanguin ‘Album’ (Geranium sanguineum ‘Album’) , cette plate-bande dégage une ambiance poétique empreinte d’une grande douceur.

Le vert

Le vert est évidemment la couleur la plus présente au jardin. C’est ce coloris qui structure tout l’aménagement. Les arbustes à feuillage vert mettent en valeur les fleurs aux couleurs chaudes, mais écrasent les floraisons bleues et violettes. À noter : la plantation de massifs de feuillage vert constitue un excellent moyen de relier et d’unifier les différentes composantes d’un jardin.

Les Japonais sont passés maîtres dans l’art de créer des jardins entièrement verts où les fleurs occupent une place très limitée.

Le blanc

Mélange de toutes les couleurs du spectre, le blanc s’agence facilement aux autres coloris. Les fleurs blanches, une tendance montante en aménagement paysager, donnent un look plus contemporain aux structures classiques et illuminent les coins sombres, cédant aux autres leur place au soleil. Le blanc pondère l’intensité des couleurs très vives et puissantes – le rouge, par exemple – et augmente celle du violet. Il est à son meilleur auprès du rose pâle et du bleu pastel.

Le cercle chromatique

L’arc-en-ciel compte parmi les plus beaux spectacles naturels. Il affiche le spectre des couleurs, que nous avons illustré ici sous forme de cercle chromatique, un instrument bien pratique pour choisir les coloris de notre aménagement. Dans ce cercle, on trouve les couleurs primaires (jaune, magenta et cyan) et complémentaires (vert, orange et violet) , qui sont obtenues grâce au mélange à parts égales de deux couleurs primaires. Par exemple, le vert est issu du mélange du jaune et du bleu; il se situe donc entre ces deux couleurs primaires. Les associations complexes que sont le rose (considéré comme un rouge pâle) , le brun et le pourpre (des mélanges de rouge et de violet) ne figurent pas dans le cercle chromatique.

La saturation des couleurs

Lorsqu’une couleur est dans sa forme la plus pure, c’est-à -dire dans sa concentration maximale, on dit qu’elle est saturée. Les couleurs moins intenses et moins saturées semblent diluées avec du blanc . Le degré de saturation d’une couleur a un impact direct sur la perception qu’on en a : légèreté pour les compositions pastel de blanc, de rose et de bleu, intensité pour les agencements de couleurs riches comme le rose, le rouge et le violet. Cette caractéristique doit nécessairement être prise en considération lors de la création d’un jardin, car les teintes saturées ressortent mieux que les coloris pâles, qui se confondent plus aisément avec le fond de la scène.

%d blogueurs aiment cette page :